Ducasse de Messines

Elle marque le retour du printemps

A Mons, tout le monde sait que le dimanche le plus proche du 25 mars, on ne quitte pas la capitale hennuyère car c'est la Ducasse de Messines.

La Ducasse folklorique de Messinnes est aujourd'hui comme une histoire d'amour entre trois factions: la partie religieuse avec le pèlerinage, la partie profane avec la fête populaire, et une poignée de bénévoles qui tiennent à conserver le patrimoine.

La Ducasse de Messines a pour origine une manifestation religieuse qui fit affluer les montois et leurs voisins (même français) en l'église paroissiale de Saint Nicolas du faubourg de Bertaimont à partir de 1620, date de la première mention d'archives. Il s'agissait d'un grand rassemblement de personnes venues en pèlerinage à Notre-Dame (éthymologiquement, "Ducasse" vient de "Dédicace").

Au début du XVIIe siècle, un petit tableau représentant la sainte Vierge est déposé dans une petite chapelle sise dans le cimetière qui entoure l'église. Bien vite, ce lieu devient un endroit de pèlerinage très important. Des miracles sont constatés dès 1620. Il est décidé de placer le tableau sur le Maître-autel en août 1622. Au milieu des boutiques d'images pieuses et de succades, les carioles et baudets amenaient les malades et clopinards le 2 juillet de chaque année. Les réjouissances commencent alors. Ce sont les prémisses de la Ducasse.

En 1668, une nouvelle église est construite près de la rue de Bertaimont (aujourd'hui le parking de la banque Dexia), avec les matériaux de l'ancien édifice. La kermesse va donc se déplacer vers la ville, mais se situera seulement dans et autour de l'église.

En 1771, la date de pèlerinage change. Elle passe du 2 juillet au 25 mars, qui est alors fête chômée. Les habitants du quartier considéraient ce jour comme leur fête patronale; elle devint au XVIIIe siècle l'une des plus populaires de la ville. Momentanément supprimée pendant la Révolution, la Ducasse de Messines reparut avec le rétablissement du culte public, mais dans l'église des Récollets (celle d'aujourd'hui), la précédante ayant été démolie.

Petit à petit, le pèlerinage perd de sa ferveur, mais les réjouissances extérieures se développent. D'abords installés dans l'église, les marchands d'objets religieux et les quelques étals de fleurs sortent sur le parvis. Puis ils se mettront tout le long de la rue de Bertaimont, jusqu'à prendre aujourd'hui les rues avoisinantes. Dans la première moitié du XIXe siècle, outre les quarantaines, damas, auricules, violettes, camélias, aïttes (jonquilles), on voit apparaître des petits objets qui font la joie des enfants: le rossignol, le moulin de carton, le saudart, le wa-wa, la gayole.

Les objets du Folklore

Ces objets sont le souvenir de jouets autrefois fabriqués par des Messinois au chômage pendant l'hiver. Ils les vendaient pendant la ducasse et s'assuraient ainsi un petit revenu complémentaire. Ils sont aujourd'hui mis en vente le dimanche de la Ducasse, au coeur du marché.
  • Moulin: Ossature d'osier et de bambou recouverte de papier coloré, agrémenté de petites ailettes (jadis fabriquées avec des cartes à jouer) qui tournent au vent.
  • Gayole: Petite cage de bois contenant un oiseau stylisé. Cet objet rappelle les cages à pinson qui jadis étaient suspendues très haut sur les façades des maisons afin que les prédateurs ne puissent les atteindre.
  • Wa-wa: Petite boîte cylindrique en carton fermée d'un seul côté, recouverte de papier peint et relié à un bâton par une ficelle. En faisant tourner la boîte autour du bâton, on produit un son sembl able à l'aboiement d'un chien.
  • Sôdart: Petit soldat de bois sculpté à la main, habillé de différents uniformes des régiments casernés à Mons.
  • Rossignol: Petite poterie creuse en terre cuite, percée de 6 trous et munie d'un bec, et remplie d'eau. En soufflant par le bec, on produit une mélodie similaire au chant du rossignol. Il s'agit d'un produit de la petite industrie de terre plastique de Sirault, Baudour et Stambruges.
Les ferblantiers, les zingueurs obligés de chômer eux aussi en hiver fabriquaient de petits seaux et arrosoirs qu'ils vendaient aux pélerins, afin de subvenir aux besoins de leur familles.

Comme les pélerins devaient se sustanter, on mettait en vente les fameux flans de Messines, les oranges (les premières à l'époque) et la tarte à l'équerette, ainsi dénommée parce qu'installée sur la petite charette qui avait servi à la transporter au pied de l'église.

Les divertissements deviennent nombreux. Des bals sont donnés, des concerts sont organisés. Un concours de fleurs voit le jour parmi les marchands de fleurs qui viennent de plus en plus loin. Les activités culturelles se développent également. Les guerres 14-18 et 40-45 n'empêchent pas les réjouissances. Dès mars 1946, la fête populaire reprend vigueur. Au fil des éditions, le programme s'étoffe. Les activités se déroulent tant dans la rue que dans les cafés (beaucoup plus nombreux à l'époque). On vit apparaître, dans les années 80, un chapiteau dans lequel se déroulent spectacles et concours. C'est encore le cas aujourd'hui.

Le folklore se perpétue par le lever du drapeau sur le parvis de l'église, par l'intronisation des citoyens d'honneur.

De nos jours, cette manifestation florale et musicale se prolonge une semaine durant et est agrémentée de concours de chants et d'une foire qui s'installe Place Nervienne.

Les Géants Batisse, Lalie, Biloute et Trinette animent les festivités de la Ducasse. Ils sont portés et comme tous les géants dignes de ce nom, ils dansent. En vrais Messinois qu'ils sont, ils sortent à la Ducasse et arpentent le marché aux fleurs. Comme le veut la tradition, Batisse offre à Lalie une belle potée d'azalées. Ils achètent aussi les indispensables accessoire: une gayole pour lui, un wa-wa pour Biloute et un bouquet d'aïttes pour Trinette.

Le groupe qui les accompagne a été baptisé "Les Grands Dépindeux d'Gayole", en souvenir de ces oiseleurs qui, on le suppose, étaient très grands puisqu'ils suspendaient leurs gayoles très haut, pour éviter les vols et les animaux.

Le "petit Géant" Biloute, fils de Batisse et Lalie, est né en 1994. Petit ropïeur montois par excellence, il sait faire quelques farces et approcher les enfants pour leur faire la bise. Pour fêter son 10e anniversaire en 2004, quelques "copains" de Neufvilles ont été invités à l'accompagner le samedi soir tout au long du cortège inaugural.
Pôle muséal (site officiel)
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