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Historique des commémorations

Trois monuments, une plaque

Un peu moins d’un mois après la libération de la ville en 1918, le collège communal examine la question de la construction de monuments commémoratifs. Il est question d’ériger trois monuments, le premier pour commémorer la bataille de Mons des 23 et 24 août 1914, un deuxième pour la bataille des 10 et 11 novembre et le dernier en mémoire des soldats alliés et des Montois morts pour la patrie avec indication de leurs noms[2].

Seule une plaque commémorative sera érigée pour rappeler un événement sanglant de la bataille du 23 août : la tuerie des civils. D’autant plus significative car elle rappelle ce jour au bourgmestre Jean Lescarts présent en première ligne. Il souhaite particulièrement cette plaque: « Il faut ériger un souvenir à ces martyrs en rappelant l’acte barbare dont ils furent victimes... La voie publique (Trou Oudart) changerait également de nom et s’appellerait place des Martyrs[3] ». Il faudra attendre le 10 juillet 1927, en présence de la reine Elisabeth, pour voir la plaque commémorative inaugurée.

Première commémoration dès 1919

La priorité des habitants est sensiblement la mémoire des Belges et plus particulièrement des Montois morts pour la patrie. La première commémoration des événements de la bataille du 23 août se déroule en 1919. Elle est uniquement consacrée à la mémoire des victimes civiles de la journée du 23 août. D’autres cérémonies ont aussi lieu : les Anglais reviennent voir les endroits de leur première altercation. Aucun événement officiel n’a été organisé par la Ville de Mons pour eux. Cependant, nous savons que des célébrations vont avoir lieu à Maisières, actuellement intégrée dans l'entité de Mons, à l’endroit où les soldats britanniques se sont confrontés pour la première fois aux Allemands. Ainsi, dès la sortie de la guerre, deux commémorations sont organisées, l’une pour les civils faite par les Montois et l’autre pour et par les Anglais. Aucune interaction n’intervient entre les deux. Les Anglais, même s’ils voient Mons comme le lieu de leur première confrontation, sont beaucoup plus marqués par les pertes d’Ypres et de la Somme et se dirigent plus spécifiquement sur ces lieux pour rendre hommage à leurs morts.

A la mémoire des Britanniques

Les commémorations de la bataille de Mons du 23 août passent presque inaperçues face à celles de la signature de l’armistice et de la bataille de 11 novembre 1918 [libération de Mons]. Toutefois, elles vont bénéficier d’un nouvel essor lorsque des monuments commémoratifs anglais seront réalisés. Le premier, le mémorial aux soldats du 5e régiment des Lanciers irlandais, présent dans le porche de l’hôtel de ville, a été offert à la Ville par le régiment éponyme et inauguré en leur présence le 13 novembre 1922. Un an plus tard, le 11 novembre 1923, le monument irlandais au lieu dit la Bascule est inauguré en présence de nombreux officiers britanniques et officiels de la Ville comme le Lord French, vicomte d’Ypres, maréchal de l’armée anglaise et colonel honoraire du 2e régiment irlandais, et l’échevin Save.

Le 11 novembre est symboliquement plus fort

affiche1418.jpgUn soubresaut dans les commémorations de la bataille de l’été 1914 a lieu le 23 août 1924, à l’occasion du dixième anniversaire. Le bourgmestre de Mons, Victor Maistriau, dépose des gerbes de fleurs au monument de la Bascule, au cimetière communal, au monument des Belges à la Place du Parc ainsi qu’à la plaque aux Lanciers irlandais à l’hôtel de ville. Lors de cette festivité, on commémore aussi bien les soldats anglais que la première guerre mondiale. Ainsi, peu importe la date, pour la Ville il faut les honorer ensemble. L’année suivante, le 25 juin 1925, le collège échevinal décide d’unifier toutes les cérémonies commémoratives le 11 novembre, jour férié légal. Cette dernière date porte symboliquement plus d’importance aux yeux de la population et reste un jour de commémoration nationale. Il rappelle également la libération de la ville de Mons par les armées canadiennes. Pour les soldats du Commonwealth, Mons est et restera « the beginning and the end », "the first and the last".

Un musée de la guerre inauguré en 1930

Des commémorations ont toujours lieu le 23 août, d’une part à la mémoire des civils tombés et d’autre part pour les Anglais. La cérémonie pour les civils n’est plus organisée par la Ville mais un office est célébré à l'église Notre-Dame-de-Messines. Le jour de l’anniversaire de la bataille, quelques Anglais se rassemblent là où ils se sont battus à l’occasion de leur pèlerinage annuel. La Ville, elle, ne se préoccupe plus des commémorations des batailles et se concentre sur l’armistice.

En 1930, le musée de la guerre est inauguré et présente, dans sa majeure partie, l’histoire de la bataille de Mons. Il devient le lieu de rassemblement des Anglais et le conservateur s’associe chaque année aux commémorations britanniques. Le 9 avril 1939, le monument du pont-rail de Nimy est aussi inauguré en grande pompe. Après 1945, la mémoire de la Grande Guerre semble s’éteindre au profit des commémorations de la seconde Guerre Mondiale. Toutefois, le 11 novembre 1952, le monument rappelant les deux batailles de Mons, celle du 23 août 1914 et du 11 novembre 1918, est inauguré dans le parc du Beffroi. Cette inauguration est rehaussée de la présence du roi Baudouin. Il est pertinent de remarquer que l’ensemble des monuments célébrant la bataille du 23 août ne sont que rarement inaugurés lors des anniversaires mais plus régulièrement le 11 novembre.

Un 50e anniversaire plutôt discret

Lors du 50e anniversaire de la bataille de Mons, la Ville de Mons n’organise aucune manifestation. Les autres communes réalisent par contre de grandes festivités pour commémorer le courage des Anglais. C’est le cas d’Obourg (non encore rattachée à Mons) où la fête est organisée le weekend du 22 et 23 août 1964. Dix ans plus tard, l’administration communale de Mons organise de véritables commémorations. Un diplôme d’honneur sera même réalisé pour l’occasion et remis à chaque ancien combattant ayant participé à la bataille. Par la suite, et comme à l’accoutumée, seuls les vétérans et les Anglais organisent les anniversaires à Mons chaque 23 août. Il faut attendre 1986 pour une meilleure organisation des festivités. Le collège en place avait perçu l’importance de ce pèlerinage pour les Anglais et les statistiques de fréquentation du musée de la Guerre le confirmaient. L’administration communale s’est vraisemblablement de nouveau chargée à partir de cette époque de l’organisation des commémorations du 23 août.

Le 23 août réhabilité

14_18_09.jpgDepuis lors, des célébrations se déroulent chaque année le 23 août. Plus aucun ancien combattant anglais n’est présent mais des représentants des mouvements patriotiques belges, de nombreuses délégations du SHAPE [Anglais et Canadiens] et les représentants de l’ambassade du Royaume-Unis rejoignent le cortège. Divers endroits sont visités : Nimy, la Bascule, le cimetière militaire de Saint-Symphorien et Obourg. Pour se rendre sur tous ces lieux, un car est mis à disposition de tous ceux qui le souhaitent. Une fanfare accompagne l’ensemble. La presse st conviée. À la fin, les participants sont invités à une réception officielle à l’hôtel de ville où des discours sont prononcés. Ces commémorations rassemblent un peu plus d’une septantaine de personnes chaque année et sont particulièrement bien suivies par les citoyens. Elles sont exclusivement destinées à la mémoire des soldats britanniques, il n’y a aucun arrêt à la place des Martyrs, là où auparavant les commémorations avaient lieu pour se souvenir des civils tués. Ainsi, aujourd’hui à Mons, le processus mémoriel est différent voire opposé à celui organisé à la sortie de la Grande Guerre.

 

 
[2] P.-J. Niebes, La mémoire de la Grande Guerre à Mons (1918-1927), dans Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, t. 105, 2010, p. 115.
[3] Archives de la Ville de Mons, Section contemporaine, s.-i., A.E.M., n° 478/2.

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Vidéo "The First and the Last"

A noter
English version on Visit Mons.