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Descente de la châsse de sainte Waudru

Samedi 20 h 00, collégiale Sainte-Waudru

La "refondation de la cité"

La cérémonie de la "Descente de la châsse" marque l'ouverture officielle de la Ducasse rituelle. Elle se déroule en la collégiale Sainte-Waudru, au cours d'une cérémonie aussi solennelle qu'émouvante.

La "Descente de la châsse" est donc une cérémonie solennelle au cours de laquelle la châsse, renfermant le corps de sainte Waudru, est descendue d'au-dessus du maître-autel, pour être ensuite processionnée avec le Chef (reliquaire contenant la tête). Ils sont déposés à la croisée du transept avant que les restes sacrés soient confiés par l'autorité religieuse (pouvoir spirituel) aux représentants de l'autorité civile (pouvoir temporel) qui en assurera la protection hors de l'église, pendant la Procession du dimanche matin.

C'est en 1825 que fut installé l'actuel mécanisme permettant de suspendre au-dessus du maître-autel cette châsse en bois, puis l'actuelle châsse en cuivre qui la remplaça en 1887. La châsse est donc bien "descendue" depuis 1825, la veille de la Trinité. La cérémonie solenelle telle que nous la connaissons aujourd'hui n'existait pas encore. 
Il fallut attendre 1962 pour que l'abbé Jean Huvelle donne un véritable lustre à celle-ci.

Une cérémonie solenelle depuis 1962

À 20 h 00 (c'est le cas depuis 1962), au son des trompettes thébaines, des timbales et des grandes orgues, un long et majestueux cortège se met en route depuis la sacristie. Acolytes, pages de Roland de Lassus vêtus d'un costume Renaissance aux couleurs jaune et noire du chapitre, chanoines de Saint-Germain, prêtres en aube et prêtres en ornements dorés le composent. Avant d'emprunter la nef centrale, les chanoines de Saint-Germain, qui historiquement desservaient les offices de Sainte-Waudru, laissent passer devant eux les chanoinesses de Sainte-Waudru, entrant dans leur église par le grand portail ouest. 

A l'issue de ce premier cortège, le doyen de Sainte-Waudru, qui préside la cérémonie, gagne le maître-autel et, en quelques mots, souhaite la bienvenue à tous. Il convie alors l'autorité communale, la Fabrique d'église et quelques personnalités à l'accompagner au chevet pour assister à la lente descente du reliquaire en cuivre doré (1887), abritant les reliques de la patronne de la cité. 

Un mécanisme de 1804 

Accompagné du "Fortem virili pectore" et des litanies, le lourd reliquaire est descendu grâce à un vieux mécanisme de 1804 et est alors fixé sur un brancard que porteront huit personnes (dont Saint-Georges). Avant que le cortège ne se remette en mouvement, le doyen encense la châsse et le reliquaire du chef placé dans une chapelle latérale.
Une prière conclut cette partie de la cérémonie.

Dans le même ordre qu'au début de la cérémonie, le cortège, rythmé par les chants des Pages de Roland de Lassus, accompagne les deux reliquaires qui sont déposés à la croisée du transept pour le chef et à l'entrée de la nef pour la châsse. Le doyen les encense une nouvelle fois et lit une nouvelle prière. 

La "tradition" de sainte Waudru

Portée dans le sens des aiguilles d'une montre, la châsse est placée au centre de la "croix" formée par la croisée du transept et de la nef. Le doyen procède alors à la "tradition" (c'est-à-dire la "transmission") du "corps saint de Madame sainte Waudru" au "bourgmestre". En d'autres termes, le pouvoir "spirituel" transfère la châsse au pouvoir "temporel", ou civil, selon des formules rituelles. 

Cette descente de la châsse parmi les habitants de la cité, et le cérémonial qui la prolonge, constituent une véritable "refondation" de la cité montoise.  

Au cours de la cérémonie, acolytes, clergé et invités prennent place dans le choeur pour écouter le "panégyrique" (terme "savant" pour désigner un éloge) de sainte Waudru, lu solennellement par le doyen, en vieux français. Cet échange suscite toujours un curieux intérêt auprès des non initiés.  

Le panégyrique

Au son des orgues, le doyen gagne les marches du sanctuaire pour la traditionnelle lecture du panégyrique de la sainte : 

"Au Grand Bailli de Mons,

Aux Echevins, aux Magistrats et aux Prévôts,

A tous les Loyaux Montois et Gentilles Montoises,

A tous les Montois Cayaux et à leurs Chambourlettes,

Salut et bienvenue,

Ecoutez, bonne gens, l'admirable histoire de madame sainte Waudru et de ses restes glorieux que nous venons d'exalter. L'an de grâce 612, naquit à Coulsore, Waldetrude, fille de Walbert et de Bertille. Son père était intendant des domaines de Clotaire II. Sa mère l'éleva pieusement ainsi que sa soeur Aldegonde.

Donnée en mariage à Madelgaire, qu'on prénomma plus tard Vincent, elle mit au monde quatre enfants qui excellèrent tous dans la vie religieuse.

Après avoir assumé l'éducation de ses enfants, Waudru résolut de se retirer du monde pour mener une vie plus contemplative. Son mari l'y avait devancée, lui qui s'en était allé fonder un monastère à Hautmont, et plus tard à Soignies. Elle établit un moustier dédié à saint Pierre, ici même à Castrilocus, endroit boisé tout proche de la butte du château de Mons. Suivie par quelques compagnes, elle mena de longues années durant une vie de prière, de charité et de pénitence. L'an 688 de l'incarnation du Christ, elle rendit sa belle âme à Dieu.

Ses reliques furent conservées à Mons, dans l'église Saint-Pierre, ensuite dans l'église voisine de Notre-Dame, qui prit dès lors le nom de Sainte-Waudru. Les foules du Hainaut vinrent au cours des siècles l'honorer et quérir, auprès d'elle, guérison et protection.

Tant dans les édifices antérieurs que dans la Collégiale gothique reconstruite au XVe siècle ici-même, son corps fut élevé au-dessus de l'autel principal du choeur, cependant que le reliquaire précieux qui renfermait sa tête était souvent porté processionnellement dans la ville pour implorer la miséricorde divine par l'intercession de sainte Waudru.

Fidèles à la tradition, une nouvelle fois, nous avons descendu le corps saint de madame sainte Waudru pour qu'il soit honoré, vénéré et accompagné dans son tour annuel de la Ville et de la Cité de Mons par tous les Montois Cayaux et Fidèles.

Daigne notre patronne accorder à tous, les " Bailli ", Echevins, Magistrats, Prévôts et autres habitants ci présents,

Longue vie et santé, Paix et concorde, Bonheur et prospérité." 

Un chant écrit par une Carmélite - À sainte Waudru - suit cette solennelle proclamation : 

"Quel est le Dieu qui t'a conquise, Waudru sage et vaillante, Montoise la première ? Que t'a-t-il dit qu'il ne nous dise, lui qui parle aujourd'hui ? Vois ici, Montois avisé, où s'origine ta cité.

Ton cœur est grand, il sait aimer un époux, des enfants dignes de sa tendresse. Il est si beau dans sa noblesse, ton humble et fier amour. Vois ici, Montois avisé, cette famille en ta cité.

Ton cœur est fort, il sait choisir la part Dieu toute entière, il sait en témoigner. Il sait la vivre, il peut l'offrir en partage assuré. Vois ici, Montois avisé, où se ressource ta cité.

Ce jour de Dieu qui t'a saisie lui vivant, toi vivante, est ta fête aujourd'hui. Notre prière se confie encore à ta merci. Vois ici, Montois avisé, la Patronne de ta Cité." 

L'échange, ou quand le pouvoir religieux confie la garde des reliques au pouvoir temporel

Ensuite, et continuant de la sorte une tradition inaugurée, si l'on s'en réfère à l'historien Vinchant, en 1426, le doyen de Sainte-Waudru, accompagné des présidents de la Fabrique de Sainte-Waudru et de la Procession du Car d'or,  s'adresse au bourgmestre de Mons : 

Le doyen : "Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Echevins, voici, nous avons procédé à la descente du corps saint de Madame sainte Waudru, et nous avons l'intention de le processionner en la cité. Nous vous prions et demandons, ici-même, d'en assurer la protection, afin que nul mal ni inconvénient lui advienne dedans la cité, mais veillera à ce que sain et sauf il soit remis et rapporté en ce lieu-ci, dont il est à présent remis et confié à votre loi et pouvoir."  

Le bourgmestre lui répond: "Monsieur le Doyen, Messieurs, nous avons répondu à votre invitation et avons bien ouï et entendu votre requête. Nous acceptons volontiers la garde du corps saint de Madame sainte Waudru, et, depuis qu'il sera hors de cette église jusqu'à rentré y sera, nous ferons notre loyal pouvoir de l'aider et garder, sans coût ni frais, pour qu'il ne coure aucun danger ni péril en cette ville."  

Lorsque, annonçant la fin de la cérémonie, éclate l'air du Doudou scandé par des milliers de mains, plus personne ne peut douter que la fête a vraiment commencé. Un premier grand moment de communion. 

Un geste... de dévotion

A l'issue de la cérémonie, nombreux sont ceux qui prennent le temps d'approcher la châsse pour la toucher et/ou mettre à son contact un mouchoir, un ruban, une médaille... Vieux geste de dévotion populaire qui se perpétue de génération en génération.

Sainte Waudru quitte sa collégiale

Le lendemain matin, à l'issue de la messe de 7 h 45, la châsse est placée sur le Car d'Or en présence du doyen, du bourgmestre, des présidents de la Fabrique et de la Procession, de l'échevin des Fêtes et de très nombreux Montois. 

Moment émouvant que la sortie du Car d'Or de la collégiale. Sur l'air du Doudou, les Hommes blancs et les Hommes de feuilles (qui porteront ensuite le Dragon) poussent le lourd véhicule en dehors de l'église gothique. Saint-Georges salue au sabre les reliques de sainte Waudru, les pompiers tirent une salve d'honneur, les Montois applaudissent. Sainte Waudru attend alors de prendre place dans la procession pour accomplir son tour annuel de la ville et de la cité de Mons…
 
=> Voir aussi : Le programme musical de la cérémonie