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Le panégyrique

Au son des orgues, le doyen gagne les marches du sanctuaire pour la traditionnelle lecture du panégyrique de la sainte :

"Au Grand Bailli de Mons, 
Aux Echevins, aux Magistrats et aux Prévôts, 
A tous les Loyaux Montois et Gentilles Montoises, 
A tous les Montois Cayaux et à leurs Chambourlettes, 
Salut et bienvenue, 

Ecoutez, bonne gens, l'admirable histoire de madame sainte Waudru et de ses restes glorieux que nous venons d'exalter. L'an de grâce 612, naquit à Coulsore, Waldetrude, fille de Walbert et de Bertille. Son père était intendant des domaines de Clotaire II. Sa mère l'éleva pieusement ainsi que sa soeur Aldegonde. 
Donnée en mariage à Madelgaire, qu'on prénomma plus tard Vincent, elle mit au monde quatre enfants qui excellèrent tous dans la vie religieuse. 

Après avoir assumé l'éducation de ses enfants, Waudru résolut de se retirer du monde pour mener une vie plus contemplative. Son mari l'y avait devancée, lui qui s'en était allé fonder un monastère à Hautmont, et plus tard à Soignies. Elle établit un moustier dédié à saint Pierre, ici même à Castrilocus, endroit boisé tout proche de la butte du château de Mons. Suivie par quelques compagnes, elle mena de longues années durant une vie de prière, de charité et de pénitence. L'an 688 de l'incarnation du Christ, elle rendit sa belle âme à Dieu. 

Ses reliques furent conservées à Mons, dans l'église Saint-Pierre, ensuite dans l'église voisine de Notre-Dame, qui prit dès lors le nom de Sainte-Waudru. Les foules du Hainaut vinrent au cours des siècles l'honorer et quérir, auprès d'elle, guérison et protection. 
Tant dans les édifices antérieurs que dans la collégiale gothique reconstruite au XVe siècle ici-même, son corps fut élevé au-dessus de l'autel principal du choeur, cependant que le reliquaire précieux qui renfermait sa tête était souvent porté processionnellement dans la ville pour implorer la miséricorde divine par l'intercession de sainte Waudru. 

Fidèles à la tradition, une nouvelle fois, nous avons descendu le corps saint de madame sainte Waudru pour qu'il soit honoré, vénéré et accompagné dans son tour annuel de la Ville et de la Cité de Mons par tous les Montois Cayaux et Fidèles. 
Daigne notre patronne accorder à tous, les « Bailli », Echevins, Magistrats, Prévôts et autres habitants ci présents, 
Longue vie et santé, Paix et concorde, Bonheur et prospérité."

Un chant écrit par une Carmélite - À sainte Waudru - suit cette solennelle proclamation : 

"Quel est le Dieu qui t'a conquise, Waudru sage et vaillante, Montoise la première ? Que t'a-t-il dit qu'il ne nous dise, lui qui parle aujourd'hui ? Vois ici, Montois avisé, où s'origine ta cité. 
Ton cœur est grand, il sait aimer un époux, des enfants dignes de sa tendresse. Il est si beau dans sa noblesse, ton humble et fier amour. Vois ici, Montois avisé, cette famille en ta cité. 
Ton cœur est fort, il sait choisir la part Dieu toute entière, il sait en témoigner. Il sait la vivre, il peut l'offrir en partage assuré. Vois ici, Montois avisé, où se ressource ta cité. 
Ce jour de Dieu qui t'a saisie lui vivant, toi vivante, est ta fête aujourd'hui. Notre prière se confie encore à ta merci. Vois ici, Montois avisé, la Patronne de ta Cité."

L'échange, ou quand le pouvoir religieux confie la garde des reliques au pouvoir temporel 

Ensuite, et continuant de la sorte une tradition inaugurée, si l'on s'en réfère à l'historien Vinchant, en 1426, le doyen de Sainte-Waudru, accompagné des présidents de la fabrique de Sainte-Waudru et de la procession du Car d'or s'adresse au bourgmestre de Mons :  
 
"Monsieur le Bourgmestre, 
Mesdames et Messieurs les Échevins, 
Voici, nous avons procédé à la descente du corps saint de Madame sainte Waudru et nous avons l'intention de le processionner en la cité. Nous vous prions et demandons, ici-même, d'en assurer la protection, afin que nul mal ni inconvénient lui advienne dedans la cité, mais veillerez à ce que sain et sauf il soit remis et rapporté en ce lieu-ci, dont il est à présent remis et confié à votre loi et pouvoir. "
 
Le Bourgmestre lui répond immédiatement : 
"Monsieur le Doyen, 
Messieurs, 
Nous avons répondu à votre invitation et avons bien ouï et entendu votre requête. 
Nous acceptons volontiers la garde du corps saint de Madame sainte Waudru, et, depuis qu'il sera hors de cette église jusqu'à rentré y sera, nous ferons notre loyal pouvoir de l'aider et garder, sans coût ni frais, pour qu'il ne coure aucun danger ni péril en cette ville". 
 
L'air du Doudou, aux grandes orgues, timbales et trompettes thébaines, éclate alors sous les hautes voûtes du vénérable édifice gothique, repris en chœur par toute l'assemblée en liesse. C'est donc le premier grand moment de communion et d’émotion de la Ducasse rituelle.