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Montée du car d'or

Une ascension « vivante »  

Le temps fort de la procession se situe lors de sa rentrée dans la collégiale Sainte-Waudru. Le Car d'Or, qui ferme le cortège, doit alors remonter d'un seul élan la rampe Sainte-Waudru, raidillon qui borde la collégiale. Les gens sont partout : aux fenêtres, sur les corniches, entassés les uns sur les autres. Tous veulent partager une émotion quasi indéfinissable. Peu se soucient d'ailleurs d'en comprendre l'origine ou le sens. 

Des centaines de personnes se sont massées dans le bas de la rampe Sainte-Waudru. Ils chantent, se bousculent, chahutent joyeusement au passage de chaque groupe (tous les groupes de la procession ponctuent en effet leur tour par l'ascension de la rampe). L'excitation grimpe en flèche, encore avivée par l'apparition de Saint-Georges et de ses Chin-Chins. L'ambiance y est très particulière, très exubérante. Des vagues humaines interrompent à présent le cortège, par jeu et sans agressivité. Pas de violence, seulement un joyeux salut un rien insolent. Les groupes continuent à défiler, encouragés pour les uns, gentiment conspués pour les autres, selon l'humeur du temps. Les Remparts, groupe de joyeux drilles reconnaissables à leurs sweat-shirts orange, se chargent à la fois de mettre de l’ambiance et de contenir tant bien que mal la foule qui se fait de plus en plus pressante.  

Le Car d’Or doit monter 

Enfin arrive le Car d'Or. Précédé par une vague d'applaudissements, le char roule au pas d'homme. Une formidable impression de masse se dégage de l'ensemble, sans doute renforcée par la présence de six lourds chevaux de trait (deux suffiraient en réalité). Une poignée d'hommes dirige la manoeuvre et aide le Car d'Or à se positionner dans le bas de la rampe, où il stationne quelques instants, le temps de défaire l'antique système de freinage.  
Les chevaux de trait reprennent quelques forces après la route ascendante parcourue depuis la gare. Leur harnachement est vérifié. La tension monte. Des centaines de personnes se sont déjà précipitées dans l'espoir de trouver une bonne place derrière le Car. Une seule obsession : faire partie d'un ensemble qui va aider le Car d'Or à monter. L'important est d'être là. 

30 secondes très intenses 

À midi, au signal donné par les trompettes thébaines, le Car d'Or et ses précieuses reliques prennent leur élan. Derrière l'attelage, une folle course d'une trentaine de secondes s'engage. Le temps est suspendu. C'est une marée humaine ! Ceux qui ne poussent pas crient. Ceux qui ne chantent pas applaudissent. Des larmes coulent inexorablement des yeux de certains. L'intensité émotionnelle a de quoi bouleverser les plus sceptiques. 
Arrivé en haut de la Rampe, le Car d'Or oscille un peu et se range le long de la collégiale, débordé par la marée humaine. Des centaines de mains l'effleurent, dans un geste presque sacré. Les enfants de choeur, secoués par ce qu'ils viennent de vivre, ont du mal à reprendre leur souffle. On s'embrasse. On se félicite. On commente l'exploit. 
Par cette « ascension », ponctuée de cris d'allégresse de la foule, la cité a affirmé symboliquement son existence (c'est le deuxième grand moment de communion). Il lui reste à se poser la question de sa destinée... au cours d'un combat légendaire. 

Jamais pris en défaut 

Une légende montoise rapporte que le Car d’Or doit monter la rampe en une seule traite, sans le moindre arrêt, sous peine qu’un malheur s’abatte sur la ville.  
Pour soutenir cette histoire, sorte de « suspense » introduite par la population, d’aucuns soutiennent qu’il aurait effectivement échoué à deux reprises, en 1914 et en 1939, à la veille des deux conflits mondiaux.  
Il n’en est rien ! Si ces années-là, le Car d’Or n’est effectivement pas monté, c’est précisément parce qu’il n’est pas sorti de l’enceinte de la collégiale.