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Dragon

Son apparence 

Le Dragon, la « biète » pour les Montois, de couleur verte, mesure plus de dix mètres et pèse environ 180 kg. Il est garni de nombreux rubans (aux couleurs belges et montoises). L'extrémité de la queue est composée de plusieurs queues de cheval. La crête de l'animal est rouge alors que ses nageoires, relativement discrètes sous les ailes, sont noires tout comme sa jupe. 

Le corps est en fait une carcasse d'osier, comme pour la majorité des « Géants », cette dernière est recouverte de toile encollée et peinte d'un mélange de vert et de jaune. L'ancien Dragon, datant de 1974, était moins grand et l'avant-dernier était aussi nettement plus petit. Ce « petit » Dragon n'était alors porté que par six Hommes blancs et permettait une figure aujourd'hui abandonnée pour de simples raisons pratiques : dresser "El Biète" sur la gueule, verticalement, face à l'hôtel de ville, en fin de combat en guise de salut.

C'est donc en 1974, aux débuts de la mission de réalisateur de Georges Raepers, qu'apparaît le grand Dragon. Non sans mal, car cette année-là, comme en 1975 d'ailleurs, la queue, alors en pin, se brise. Le frêne, bois plus souple et résistant, le remplace et cette « nouvelle » queue effectue le Combat jusqu'en 1998, année de la création du Dragon actuel pour qui le frêne fut abandonné en 2002 au bénéfice de la fibre de carbone, plus légère et plus maniable. 

Son rôle et la symbolique   

Saint-Georges, expression de l'identité collective, de la continuité de l'existence, garant symbolique de l'ordre social, ne peut donc que l'emporter, en principe, dans un jeu où certaines règles sociales et juridiques sont bafouées, où les catégorisations sociales sont remises en cause par une liberté « fictionnelle ». 
 
Toutefois, le Dragon et Saint-Georges, bien que radicalement opposés, sont aussi complémentaires et dès lors, aussi nécessaires l'un que l'autre, car l'existence n'est jamais que le résultat de tensions de contraires tels que le jour et la nuit, l'ordre et le désordre, le Yin et le Yang... 

Le Dragon est donc devenu le symbole tentateur du désordre, de la rupture dans l'ordre social, mais également du changement nécessaire, de l'évolution inéluctable que, psychologiquement, il faut intérioriser, apprivoiser, s'approprier... 

Ce Dragon n'est pas simplement la Mal que combattrait le Bien.  

Crin porte-bonheur 

Il est d'un vert qui lui confère un caractère moins négatif qu'on ne le pense. De plus, il dispense sa force, via son crin porte-bonheur. De nombreuses peuplades avançaient jadis, lors de leurs conquêtes, avec queues de cheval ou de taureau, attachées à leurs montures ou portées, emportant en quelque sorte la force de l'animal avec eux. Ici, le crin est devenu un porte-bonheur, mais le phénomène de transmission est semblable. D'un vert naturant, certes, mais sa jupe et ses nageoires, noires, nous rappellent son côté primal, et le rouge (Yin) de sa gueule et de sa crête l'aspect pulsionnel et vif de l'animal. Donc, s’il n'est pas complètement mauvais, il n'en est pas pour autant complètement bon. 

Le Dragon est porté par onze Hommes blancs, ces derniers pouvant être repris dans la catégorie des porteurs de Géants. Par le passé, ils se relayaient également pour maintenir un porteur à l'intérieur de la carcasse, mais la taille imposante du reptile avait rendu, pensait-on, inutile cette position qui n'était plus conservée de manière symbolique que pour la descente de la rue des Clercs. Depuis 2004, trois Hommes blancs se succèdent à l'intérieur de la bête elle-même pendant la durée du combat.  

La queue est portée par huit Hommes de feuilles.  

Pour Saint-Georges et le Dragon, les couches de signification relèvent de ce qui coexiste au sein de chaque être humain et de ce que ce dernier « rencontre » inéluctablement dans la vie sociale. Ces couchent apparaissent comme les suivantes :  

St Georges > < Dragon 
Continuité < > Evolution 
Identité < > Altérité 
Ordre < > Désordre 
Conscient < > Inconscient 


Cet animal mythique garde généralement l'entrée d'une caverne renfermant un trésor. Il est donc en quelque sorte la porte vers la connaissance, la richesse intérieure. Donc, pour l'Église d'antan, ce Dragon était également celui qui nous permettait d'accéder à une connaissance que seul Dieu pouvait normalement nous donner.  

Tête de crocodile 

Au musée du Doudou trône une curieuse tête de crocodile momifiée, que l'on pourrait penser être à l'origine de notre biète. Mentionnée pour la première fois en 1409 dans l'inventaire des meubles de l'hôtel de Guillaume IV à Paris, elle fut, sur les ordres de ce prince, envoyée dans la capitale du Hainaut pour être déposée à la trésorerie. La tête momifiée passait pour être celle du dragon tué par le valeureux Gilles de Chin, seigneur de Wasmes (commune du Borinage voisin). Ce preux chevalier accomplit des exploits en Terre Sainte et y tua notamment un horrible « serpent ».  

En réalité, la tête de dragon est une tête momifiée de crocodile Champses, une race autrefois très fréquente dans l'estuaire du Nil en Egypte. Il s'agit, selon toute vraisemblance, d'un trophée de chasse ramené au pays par un Croisé. Mais l'imagination populaire a irrémédiablement associé ce trophée exotique à un « dragon » local... celui de Gilles de Chin.